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Handicap et sexualité : la France à la traîne

Comment vivre une vie affective lorsqu’on dépend d’un tiers à chaque instant de sa vie ? Comment concilier le droit à la sexualité avec le devoir de protection des personnes ? L'accompagnement à la vie affective et à la sexualité des personnes handicapées n’est pas un sujet nouveau mais reste encore taboue en France.

« JH de 26 ans, Paris, handicapé moteur, cherche JF pour passer d’agréables moments... » Si le début de cette annonce nous est plutôt familière, la suite de la lecture est en revanche plus dérangeante. La vie des handicapés suscite déjà peu (voire pas) d’intérêt chez les personnes valides, imaginer qu’ils puissent avoir une libido dépasse carrément l’entendement. En France, les choses se font mais ne se disent pas. En l’absence d’un service d’accompagnement sexuel légal, les personnes handicapées sont donc contraintes de se débrouiller seules (le plus souvent avec la complicité de leur famille) pour satisfaire leurs désirs.

Une image erronée de la sexualité des personnes handicapées

La représentation que nous avons de la vie sexuelle d’un handicapé moteur ou mental est souvent naïve. On imagine le plus souvent des personnes asexuées, sans aucune envie de faire l’amour. Et sans aucune possibilité de passer à l’acte. Face à une société qui banalise de plus en plus le sexe, et où l’apparence et la performance dominent, la sexualité des personnes invalides a du mal à trouver sa place. Dès qu’il en a l’occasion, Marcel Nuss, polyhandicapé et fondateur du Collectif Handicap et Autonomie, parle aux médias de « cette honte, cette frustration et ces viols involontaires » qu’il ressent lorsqu’il est encore un jeune adulte. Se lever, se laver, s’habiller… sont des gestes quotidiens automatiques qui ont pour conséquence de déposséder totalement la personne handicapée de son propre corps.

Considérer les handicapés
dans leur globalité

C’est pourtant la force du désir (de vivre, mais aussi sexuel) qui aide à rester en vie, même dans des cas de handicaps graves. L’étonnant film Le Scaphandre et le Papillon éclaire le spectateur sur un état d’invalidité particulièrement « verrouillé » (locked-in syndrom). La dépendance dérange, la souffrance physique et mentale bouleverse, et le film nous rappelle que les perceptions émotionnelles ne s’éteignent pas avec le handicap. Avant de trouver des réponses législatives, les Associations et certains politiques comme la députée européenne Catherine Trautmann rappellent qu’il ne faut pas « découper la personne [handicapée], mais la prendre dans sa globalité. » La Loi du 11 février 2005, qui parle de compensation du handicap et reconnaît un droit à l’intimité, évolue dans ce sens. Mais toujours aucune ligne sur la sexualité, même si la question de l’accompagnement érotique pourrait s’inscrire dans le cadre de cette loi.

Le poids des tabous

Encore faudrait-il réussir à lever les tabous. Preuve du malaise français, il n’existe aucune enquête démographique, étude sociologique ou sexologique sur le sujet au niveau mondial. Le dernier sondage de l’INSERM porte sur le comportement sexuel des Français, sans y intégrer les personnes handicapées. En 2008, l'association RIFH (Réponses Initiatives Femmes Handicapées) interroge des femmes handicapées dans une grande enquête dont le thème est : « Droit à la santé et reconnaissance de la sexualité ». L’expression du désir, l’envie de connaître le plaisir sexuel, le droit à la procréation choisie, les possibilités d’être maman… Autant de questions auxquelles se trouvent confrontées les femmes invalides, leurs familles et les professionnels. Mais là encore, on n’évoque qu’une partie des personnes invalides. C’est le premier colloque tenu par des personnes handicapées pour des personnes handicapées qui permettait de débattre, un an plus tôt, de la situation des femmes mais aussi des hommes handicapés, physiques et mentaux, sans oublier leurs conjoints, valides ou non. Au Parlement européen de Strasbourg, la France fait alors figure d’exception. La Hollande, l’Allemagne et les Pays-Bas, prennent en compte la sexualité dans l’aide et le soutien apportés aux handicapés. Il existe un « accompagnement sexuel », autrement dit des assistants sexuels spécialement formés pour aider les couples trop handicapés pour se rapprocher sexuellement, ou permettre à une personne invalide d’avoir une relation intime avec des volontaires spécialement formés. Selon les pays, l’assistance sexuelle peut aller du simple massage érotique jusqu’à la relation sexuelle. En Suisse, on parle de simples « attoucheurs et attoucheuses », qui donnent par exemple des conseils pour se masturber. Seule une législation claire permet de distinguer ces postes d’assistants érotiques (également appelés « accompagnants sexuels ») des travailleurs médicaux sociaux. En France, le simple fait d’organiser, dans une institution, la venue d’une tierce personne pour un résident représente un délit de proxénétisme. Idem à domicile, lorsque une famille fait appel à un ou une prostitué(e). Il est donc urgent de légiférer pour contribuer au droit à l’épanouissement de tous. Handicap International, le Collectif Handicap et Autonomie et l’Association Françaises contre les Myopathies (entre autres) militent pour qu’un statut similaire aux pays du Nord soit institué, et que les assistants sexuels soient enfin formés, rémunérés et reconnus. Comme pour les soins de tous les jours, la vie sexuelle nécessite également une assistance. Faire l’amour est un partage de tous les sens, et lorsque l’un d’eux fait défaut, l’aide et le soutien s’avèrent indispensables.

DFK


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