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ALTERNATIVE : Les
perspectives d'emploi pour les personnes handicapées sont
toujours aussi désespérantes. Et si l'entrepreneuriat était,
pour elles, une aventure à considérer sérieusement ? Elles sont
20.000 à avoir créé leur propre affaire en France depuis 1996.
De même que l'on s'est soucié de la commande publique en faveur
des PME, ne pourrait-on pas encourager le recours aux
prestataires handicapés ?
Malgré plusieurs politiques gouvernementales, initiatives
nationales et de l'Union européenne, nous n'observons qu'une
lente évolution dans les statistiques d'emploi des personnes
handicapées [1]. Les raisons de cette lente amélioration sont
encore dues aux perceptions sociales, aux stéréotypes et à
l'ignorance des capacités et des compétences des personnes
handicapées qui ne s'arrêtent pas aux portes des entreprises.
Les opportunités d'emploi et expériences limitées entrainent,
souvent, une baisse de l'estime de soi et un sentiment de peur
d'échouer dans l'entretien d'embauche - engendrant un cercle
vicieux et encore moins d'opportunités d'emploi. Ce manque
d'opportunités et d'expériences - en particulier au-delà des
niveaux opérationnels - pourrait aussi provenir des lacunes
institutionnelles. Les entreprises peuvent choisir parmi
plusieurs alternatives pour recruter activement et intégrer des
personnes handicapées dans leurs organisations, à savoir en
payant une contribution à l'Agefiph [2] ou bien en soutraitant
certaines des activités de l'entreprise (généralement des
emplois opérationnels et peu qualifiés).
Pour beaucoup de personnes handicapées devant faire face à peu
d'opportunités d'emploi - en particulier au niveau du management
- une façon de s'en sortir est la voie de l'entrepreneuriat : en
créant leur propre entreprise. En France, depuis 1996, plus de
20.000 personnes ayant un handicap ont créé leur propre affaire
- 65 % desquelles subsistaient après trois ans (en comparaison
des 49 % de toutes les créations d'entreprises dans cette même
période). Une grande partie de l'esprit d'entrepreneuriat que
possèdent les personnes handicapées ayant créé leur propre
entreprise a été forgée par les challenges et les barrières
auxquels ils ont dû faire face de façon quotidienne. Beaucoup de
ces difficultés ont encouragé, chez elles, les traits classiques
de l'entrepreneur telles la créativité et l'innovation : en
rejetant des présomptions et perspectives obsolètes ou
traditionnelles, en étant concerné par de nouvelles façons
d'aborder les opportunités et de résoudre les problèmes, en
trouvant des idées innovatrices, etc.
Selon Jérôme Adam, un entrepreneur diplômé de l'Essec et aveugle
qui a créé en 2005 sa propre entreprise, Easylife Conseil, le
handicap est, en effet, une source d'innovations utiles à tous.
Il s'agit de faire non pas « pour » mais « avec » le handicap.
Répondre aux contraintes des personnes handicapées force la
créativité et permet souvent d'imaginer des solutions bénéfiques
au plus grand nombre. L'exemple de la télécommande du téléviseur
inventée à l'origine pour les personnes tétraplégiques en
témoigne. C'est une erreur de trop vouloir cloisonner le
handicap. Souvent, de ce cloisonnement nait notamment la volonté
de reléguer le handicap au rang de l'activité des associations.
Ce qui engendre des difficultés pour le créateur d'entreprise à
la recherche des premiers fonds nécessaires au démarrage de son
activité. Une bonne partie des aides financières existantes dans
le champ du handicap sont en effet réservées au milieu
associatif, les entreprises n'étant pas éligibles. Il est de ce
fait fréquent de trouver des associations qui, sous couvert de
la loi 1901, sont les seules à pouvoir postuler à des aides
financières publiques ou de fondations d'entreprise, tandis
qu'elles développent une activité commerciale. Le créateur
d'entreprise se trouve alors confronté à la double difficulté
d'une concurrence déloyale d'associations et d'un accès
restreint aux aides disponibles pour le handicap.
Le créateur handicapé peut néanmoins bénéficier d'aides
spécifiques à la création. A côté des aides classiques destinées
à toute entreprise, l'Agefiph peut financer l'acquisition de
biens et matériel à hauteur de 10.675 euros, sous réserve
généralement d'un cofinancement égal à environ un tiers du coût
hors-taxe total du projet. Cette subvention porte uniquement sur
des immobilisations et, malheureusement, ne couvre pas les
besoins en termes de trésorerie dont on connait l'enjeu pour une
jeune entreprise. Pour en bénéficier, le créateur handicapé
devra passer par une des structures de conseil auprès desquelles
l'Agefiph sous-traite l'analyse des dossiers. Depuis la loi du
11 février 2005, il peut également trouver une aide spécifique à
la création dans la liste des dépenses déductibles de la
contribution Agefiph des entreprises. Les entreprises peuvent
effectivement s'acquitter de leur contribution à hauteur de 10 %
de son montant total en effectuant un certain nombre de dépenses
en faveur du handicap. Parmi ces dépenses figure la subvention à
un créateur d'entreprise handicapé. De façon générale, ces aides
spécifiques peuvent aider le créateur handicapé à démarrer son
activité et contourner des acteurs financiers qui perçoivent le
handicap comme un facteur de risque supplémentaire.
Parallèlement à ces préoccupations financières, un entrepreneur
handicapé fait face à nombre d'obstacles divers. En particulier
pour la phase de start-up dans laquelle les innovations ne sont
toujours que des idées et des visions, il doit combattre un plus
grand manque de confiance de la part de fournisseurs et de
partenaires potentiels que les entrepreneurs sans handicap.
C'est seulement lorsque l'on peut offrir une version finale
forte d'un produit ou d'un service que les partenaires
commencent à avoir confiance en vous. En même temps, beaucoup de
nos collègues entrepreneurs handicapés refusent d'être perçus
comme étant des cas de charité.
Pour un Internet accessible
D'autres challenges pratiques existent : lire et remplir des
formulaires administratifs pour une personne aveugle, dialoguer
à un guichet pour une personne sourde, se déplacer dans des
locaux inaccessibles... C'est pourquoi l'Agefiph a mis en place
une aide qui consiste en la prise en charge à hauteur de 900
fois le SMIC horaire, pendant trois ans, d'une personne aidant
la personne handicapée dans des tâches de secrétariat.
Malheureusement, pour bénéficier de cette aide, le créateur
handicapé doit au préalable obtenir de la DDTEFP (Direction
départementale du travail, de l'emploi et de la formation
professionnelle) une reconnaissance de la lourdeur de son
handicap. Il doit monter un dossier sous la forme d'un
prévisionnel de ses besoins : nombre d'heures pour accomplir des
tâches administratives, pour effectuer des recherches sur
Internet, etc. Pourquoi le créateur handicapé doit-il justifier
de la lourdeur de son handicap ? Pourquoi sa reconnaissance de
travailleur handicapé ne suffirait-elle pas ? Ne pourrait-on pas
octroyer automatiquement une aide en fonction du handicap ?
Au-delà de cette simplification nécessaire, la solution réside
aussi dans le développement d'un Internet accessible. La France
a multiplié, ces dernières années, la mise en ligne de
formulaires et de services administratifs comblant ainsi une
partie de son retard dans la mise en place de l'administration
électronique. Néanmoins, il est primordial qu'elle se dote d'une
véritable politique en termes d'accessibilité des sites et
services Internet. Une personne handicapée peut aujourd'hui
utiliser un PC grâce à des aides techniques (synthèse vocale,
loupes logicielles, etc.) et accéder à Internet à condition que
les sites Web prennent en compte un certain nombre de
recommandations édictées par l'organisme international WAI (Web
Accessibility Initiatives). Par exemple, une recommandation
précise que toute image doit disposer d'un texte alternatif afin
qu'une personne aveugle puisse avoir accès à l'information
véhiculée par l'image (seul le texte alternatif est lisible par
une plage braille ou une synthèse vocale). L'article 47 de la
loi du 11 février 2005 prévoit bien cette obligation
d'accessibilité numérique, mais le décret de cet article tarde à
sortir. De plus, contrairement à l'Angleterre, l'obligation
d'accessibilité des sites Web se limite aux seuls sites publics
et ne concerne pas les sites privés. Aucune sanction en cas de
non-respect des recommandations d'accessibilité n'est également
prévue.
Là encore, pourtant, il convient d'envisager le handicap comme
bénéfique à tous. Les coûts de maintenance du site sont réduits,
la navigation devient plus simple et efficace, la portabilité du
site est assurée sur téléphone mobile (atout majeur quand on
comptabilise dans le monde 3,3 milliards d'abonnements mobiles
en 2007). Parmi les études recensées par le « think tank »
français Renaissance numérique, citons les travaux de
l'université de Dallas qui a dupliqué des sites Web en les
modifiant suivant les critères d'accessibilité WAI. Un groupe de
120 personnes non handicapées de 18 à 74 ans a testé le site
avant et après transformation. Résultat, les sites accessibles
donnaient 10 % en plus de personnes satisfaites et 10 %
d'intentions en plus de retourner ultérieurement sur le site.
Autre référence : la société anglaise Fiona Leslie Counselling a
demandé de créer son site suivant les critères d'accessibilité
WAI. Sans autre action, ce site s'est trouvé dans le Top 10 des
résultats des moteurs de recherche.
Enfin, comme tout entrepreneur, le créateur handicapé doit
veiller à la viabilité de son activité. Et pour cela le meilleur
argent reste celui des clients. De même que l'on s'est soucié de
la commande publique en faveur des PME, ne pourrait-on pas
encourager le recours aux prestataires handicapés ? Si les
entreprises peuvent déjà s'acquitter jusqu'à 50 % de leur
contribution Agefiph en recourant à des Esat (établissements et
services d'aide par le travail, ex-CAT), elles devraient pouvoir
déduire de leur contribution l'intégralité des dépenses
sous-traitées auprès des travailleurs indépendants handicapés.
Cette suggestion serait un réel soutien au développement de
l'activité du créateur handicapé et aboutirait à une création de
valeur gagnant-gagnant.
Pour promouvoir l'esprit d'entreprise et éviter l'autocensure
des personnes handicapées, il est important qu'elles gagnent en
confiance et élèvent leur niveau de qualification en développant
des universités et des grandes écoles handi-accueillantes, en
réfléchissant aux processus de sélection et en adaptant les
concours (exemple : tests de logique visuels). Bien plus que de
la discrimination positive, il s'agit d'une preuve
d'intelligence et de savoir donner une chance à tous les
potentiels. La chaire entrepreneuriat de l'Essec a soutenu des
étudiants, comme Jérôme Adam, dans leurs capacités et activités
entrepreneuriales et leur démarrage dans le monde des affaires.
D'autres initiatives dans l'éducation supérieure,
professionnelle et la formation, en France, pourraient inclure
plus de cours en ligne et de supports de formation aidant les
étudiants, avec par exemple une mobilité réduite, à développer
leurs connaissances et compétences en matière de gestion et
d'entrepreneuriat.
Finalement, beaucoup de problèmes que rencontrent les
entrepreneurs handicapés pourraient être plus faciles à gérer si
ces derniers parlaient d'une seule voix (il n'y a aucune
association d'entrepreneurs handicapés en France).
Malgré tous les challenges mentionnés ci-dessus, nous continuons
à croire que la création d'une entreprise présente une
opportunité réelle pour les personnes souffrant de handicap. Et
si la création d'entreprise apparaît comme une réelle
opportunité pour les personnes handicapées, elle l'est aussi
pour notre société
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