|
|
|
La vie « palpitante
» d'Émeric Martin en fauteuil |
|
 |
|
Émeric Martin, le capitaine
de la délégation française à Pékin : « Le regard des autres
te permet de dépasser ton handicap. » |
Émeric Martin, 35 ans, est le
capitaine de la délégation tricolore qui défilera
aujourd'hui lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux
paralympiques de Pékin. Paraplégique depuis un accident de
voiture, à 18 ans, ce Normand a su se faire une place chez
les champions de tennis de table.
Émeric Martin, né à Lisieux voilà 35 ans, avait tout pour
lui. Une gueule de séducteur qui n'est pas sans rappeler
Richard Gere... Un vrai corps d'athlète, cet aîné d'une
famille de trois enfants. Sa vie a basculé à 18 ans,
quelques mois avant de passer le bac. « Il allait faire des
courses pour sa mère, raconte Jean-Pierre, son père.
Aujourd'hui encore, je m'en veux. C'est moi qui devais y
aller, mais comme il venait d'avoir son permis, il était
ravi de prendre la voiture seul. »
Une cassette à changer dans l'autoradio. Sur une petite
route non loin de Vimoutiers (Orne), où il a grandi, sa
voiture mord sur l'herbe et devient incontrôlable.
L'accident. Verdict : Émeric, sportif accompli de près de
deux mètres, se déplacera désormais en fauteuil roulant.
Paraplégique. Sa vie aurait pu être un cauchemar. Grâce à
une détermination de tous les instants et une grande force
de caractère, il est maintenant conseiller clientèle d'EDF,
et vice-champion du monde handisport de tennis de table,
depuis 2006.
Aujourd'hui, à Pékin, ce compétiteur né défilera, lors de la
cérémonie d'ouverture, en qualité de capitaine de la
délégation tricolore, avant de viser la médaille d'or dans
sa discipline. On l'a compris, Émeric possède une
personnalité très forte. Un charisme qui lui a permis de
dépasser son handicap. « C'est surtout le regard des autres
qui te permet d'accepter ton handicap. Lorsqu'ils ne le
voient plus, où ne te parlent plus comme à un handicapé,
alors tu as gagné. », assure-t-il.
« Je ne l'ai vu pleurer qu'une seule fois, confie son père,
Jean-Pierre. Lorsqu'il a su, de manière définitive, qu'il ne
marcherait plus. Quinze jours après son accident, il nous a
dit de ne pas nous inquiéter. Qu'il ne serait pas un fardeau
pour la famille. » Dix-huit mois plus tard, il passait son
bac avec succès et s'engageait dans des études de droit puis
obtenait une licence d'anglais.
« Avant, il y a eu des périodes de doute, souligne Émeric.
Au centre de rééducation, à Granville, j'ai ressenti de
profonds moments de solitude. J'en ai fait des
allers-retours sur la digue du Plat Gousset. » Des tours de
roue à se demander « ce que je deviendrais. Si j'allais
encore plaire aux filles... Si ma copine resterait avec moi
? »
Des moments douloureux qu'il n'hésite pas à raconter lors de
ses interventions dans les classes pour parler du handicap,
des dangers de la route... « Au quotidien, mes problèmes
d'infection, d'escarres, de tendinite, liés au handicap, ne
regardent que moi. Mais il est important de faire prendre
conscience que si l'on peut vivre normalement avec un
handicap, il y a des moments pénibles. »
Sa reconstruction s'est faite par le sport. « À Argentan,
j'avais déjà vu des sportifs handicapés. Je savais donc que
l'on pouvait avoir une vie palpitante et riche en fauteuil.
» Joueur de tennis de table avant l'accident, Émeric s'y
remet rapidement. Il entame une carrière de haut niveau dès
1995, date de sa première sélection en équipe de France. «
Son environnement a été favorable, estime Christophe Durand,
son coéquipier en équipe de France. Avec Laurent Launay, son
coach à Argentan, il a su travailler pour adapter son jeu au
fauteuil et à sa technique. Sa progression a été rapide. »
Les résultats sont venus très vite. Dès ses premiers
championnats d'Europe, Émeric rapporte la médaille d'argent
en simple. Depuis, il collectionne titres et podiums... La
consécration arrive à Sydney, en 2000, lors des Jeux
paralympiques qu'il remporte par équipe. « Même si j'avais
déjà gagné les championnats du Monde par équipe, en 1998,
c'est après Sydney que je suis devenu un ambassadeur du
handisport. » La légion d'honneur qu'il reçoit des mains de
Jacques Chirac matérialise cette notoriété nouvelle.
« Émeric incarne la combativité, l'intégrité et l'expérience
», résume Gérard Masson, président de la fédération
française handisport. Un leader naturel, avec un grand sens
des responsabilités. Président du comité de l'Orne
handisport depuis 2001, mais aussi de la Bayard Argentan, un
club de tennis de table professionnel valide, Émeric a
acquis une maturité qui fait de lui un vrai meneur d'hommes.
Un rôle qu'il aime bien et qui lui va bien. Toujours le
premier à intégrer les jeunes, les conseiller et parfois les
remettre dans le droit chemin. Sa famille et sa compagne
(avec laquelle il se mariera le 27 juin 2009) lui reprochent
souvent son emploi du temps trop rempli. « Je dois profiter
de mon aura pour faire avancer les choses, se défend-il.
Quand ma carrière sera terminée, ma parole ne résonnera pas
avec la même force. »
Julien SOYER.
photo : Jean-Michel NIESTER.
Les jeux paralympiques se déroulent à Pékin jusqu'au
mercredi 17 septembre. Vingt sports sont au programme et 471
épreuves sont organisées. 4000 sportifs de 150 pays dont 121
Français participent à la fête. Des résumés des épreuves
seront diffusés à la télévision : sur France 2 tous les
jours dans Télé Matin, sur France 3 avant le 12-13 et sur
France 4 en deuxième partie de soirée.
|
|
Source :
http://www.ouest-france.fr |
 |
|